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A l'époque

J’ai découvert l’Amiga en 1988, j’étais étudiant et une société recherchait pour son showroom informatique un vendeur informatique pouvant intervenir à temps partiel. J’ai eu le job et c’est là dans ce showroom au milieu des PC IBM, des imprimantes laser que j’ai découvert l’Amiga 500 et l’Amiga 2000. L’amiga 500 était raccordé à un ampli audio et à un téléviseur Sony black trinitron, il exécutait la démo «Scroll Surprise» du groupe Bamiga Sector One avec le célèbre sample «Pump Up the Volume» de MARRS. L’Amiga 2000 était en mode post-production avec un genlock et une caméra. En bref, une grande claque ! Le coin « Amiga » du showroom est vite devenu ma zone et je me suis offert un Amiga 500, une extension mémoire 512 Ko, un lecteur externe et le moniteur A1084S, avant de craquer moi aussi pour un téléviseur Sony black trinitron.

Cet ordinateur m’a permis de découvrir un environnement riche et stimulant, de la bureautique au développement en passant par la vidéo, la musique, le dessin et même l’émulation. En bref, un ordinateur capable de tout faire ! Etudiant, à l’époque j’apprenais le langage C (Turbo C sur PC). Je me suis très rapidement lancé dans le développement en C, aidé en cela par une communauté importante et la fabuleuse collection de logiciels et de sources du DP Fred Fish, ainsi que par la presse française (notamment AmigaNews). J’ai développé (Lattice C 4 puis 5) pour le DP français un afficheur de texte (AView) et un éditeur de texte (ASE) qui a eu les honneurs d’être présenté dans le numéro 42 d’AmigaNews. J’ai malheureusement perdu depuis les sources de tous mes développements sur Amiga. J’ai aussi sur cette machine appris l’utilisation du « shell façon UNIX » et des langages de scripting comme AREXX, langage qui m’a énormément servi lors de ma première mission dans le monde professionnel en tant qu’analyste-programmeur gros systèmes IBM. J’ai rédigé sur mon Amiga mes rapports de TD et de stages, mon premier CV. J’adorais aussi faire des animations avec le fabuleux Deluxe Paint III, calculer quelques images en Raytracing avec l’excellent Sculpt 3D. Quid du côté ludique ? Depuis le premier jour, j’ai toujours adoré regarder les démos et mégadémos et jouer à de nombreux jeux, je citerai dans le désordre Hybris, Battle Squadron, F/A 18 Interceptor, Nitro, Sword Of Sodan et Stunt Car Racer.

Histoire de l'Amiga

Jay miner participe dans les laboratoires Atari à la conception de consoles de jeu (dont la célèbre Atari 2600), mais son rêve est de développer un ordinateur à base de processeur Motorola 68000. Atari ne désirant pas s'engager sur cette voie, Jay Mine quitte Atari pour la société Zymos

En 1982 la société Hi-Toro est créée en lieu et place de Zymos et intègre David Morse, Bert Braddock, Larry Kaplan et Nolan Bushnell (ancienne connaissance de Jay Miner chez Atari qui étair parti fonder Activision). Au départ de Larry Kaplan, Jay Miner devient vice-président de la société et embauche Joseph Decuir pour la conception de puces (notamment Agnus). Toro signifiant tondeuse en japonais, la société se renomme en 'Amiga,Computer Inc.' (apparait avant Apple et Atari dans les listing !). L'équipe se met au travail pour développer une console de jeu : nom de code 'Lorraine'.

1983 est une année noire pour le jeu vidéo, l'équipe décide de recentrer le projet 'Lorraine' sur un ordinateur et s'étoffe (arrivées de Glenn Keller, David Needle, Robert J. Mical, etc.). Les premiers développements arrivent dont le mode HAM ('Hold And modify') permettant d’afficher en 4096 couleurs (un record pour l’époque) et le blitter (puce aux fonctions principalement dédiées à l'affichage). Fin septembre 1983, les prototypes des principales puces sont terminés : Agnus, Daphne (Denise) et Portia (Paula). La société ayant besoin d'argent (cela fut un problème récurrent !), signe un accord avec Atari en échange de 500.000 $ pour l'accès au design des puces.

En 1984, le 'Lorraine' est présenté au CES de las Vegas, la démonstration de la boule rebondissante fait grand bruit, mais aucun contrat n'est signé. La société est toujours à la recherche d'argent, Atari rachetée par Jack Tramiel au courant es problèmes financiers de la société, essaie de la racheter pour rien. Aucune grande société (HP, Sony, Apple, etc.) ne fait d'offre et le dépôt de bilan est proche. Finalement Commodore achète l'Amiga en août 1984 et 'Amiga,Computer Inc.' devient 'Commodore-Amiga Inc.'. Les équipes déménagent à Los Gatos et le projet 'Lorraine' devient 'Amiga'. Les équipes de chez Commodore s'intègrent parfaitement dans le projet et participent notamment à l'amélioration du mode 'HAM' et au développement du boîtier du futur Amiga 1000. Le système d'exploitation en cours de développement est prometteur (mono-utilisateur basé sur un noyau multi-tâches préemptif) ainsi que l'interface graphique (Intuition, oeuvre de RJ Mical).

En 1985, la société enregistre le nom 'Workbench' qui devient le bureau de l'Amiga. Le 23 juillet l'Amiga 1000 est présenté au Lincoln Center de New-York. Andy Warhol et Deborah Harry (Blondie) participent à la présentation. On découvre un ordinateur en avance sur son temps, malheureusement l'Amiga n'est compatible avec rien et il lui faut une logithèque pour réussir à s'implanter. Electronic Arts qui travaille depuis les débuts avec les équipes Amiga (notamment sur le format IFF), fait partie des pionniers à développer sur Amiga. Les ventes sont décevantes en raison du prix de l'ordinateur et du peu de logiciels disponibles, de plus son principal concurrent l'Atari ST (sorti la même année) se vend mieux. Il est d'ailleurs amusant de constater que l'Amiga a été créé par des anciens d'Atari (dont Jay Miner) et l'Atari pas des anciens de Commodore (dont Jack Tramiel) !

En 1986, les ventes ne sont toujours pas bonnes et Commodore perd beaucoup d'argent (300 millions de $ depuis la mi 84 ). Les équipes entreprennent de concevoir un ordinateur moins cher, ce sera l'Amiga 500, nom de code 'Baby Amiga'. Le clavier est incorporé au boîtier principal (comme pour le C64). Mais aussi un modèle haut de gamme pour les professionnels : l'Amiga 2000. Les problèmes financiers continuant, Commodore décide de quitter Los Gatos (les loyers et les salaires sont élevés dans la Silicon Valley). L'impact sur les équipes développant l'Amiga est important et lors du développement de la version 1.2 du système on pouvait y trouver le message "We made the Amiga, they fucked it up". Alors que les équipes restantes déménagent à West Chester, RJ Mical et Jay Miner refusent et quittent la société pour rester en Californie en tant que consultant. La version 1.2 du système sort en 1986 et corrige de nombreux bogues (les "guru meditation" étaient fréquents avant). Des sociétés développent des périphériques et des cartes accélératrices, de nouveaux studios développent pour l'Amiga (on peut citer Cinemaware pour les jeux et Gold Disk pour le premier programme de PAO), de plus les groupes d'utilisateurs Amiga se développent (FAUG) et la collection de logiciels DP par Fred Fish apparaît.

Le début de l'année 1987 est prolifique, avec la sortie des Amiga 2000 et Amiga 500 : le concurrent de l'Atari ST. En fin d'année l'Amiga 2000 première génération (A) est remplacé par l'Amiga 2000B, la production de l'Amiga 1000 s’arrête : 200.000 exemplaires ont été écoulés. De nouveaux périphériques apparaissent, genlock, cartes SCSI, compatibilité PC-XT et cartes accélératrices pour l'Amiga 2000. En cette fin d'année 1987, l'Amiga grappille des parts de marché à l'Atari ST en Europe, les résultats s'améliorent pour Commodore. On note aussi l'apparition des premiers virus sur Amiga.

Pas de nouveaux ordinateurs en 1988, le but pour Commodore est de gagner des parts de marché avec l'Amiga 500 avec des chaînes de production qui s'optimisent. En mai, Commodore annonce avoir vendu 600.000 Amiga depuis le début. La version 1.3 du système est révélée au public, elle comporte une amélioration du système de fichiers (FFS) et un nouveau Shell (en complément du CLI). Durant l'année, l'Amiga a enfin remporté la bataille du jeu vidéo contre Atari, avec la sortie de plus de 450 jeux, avec entre autre le jeu d'échec 'Battle Chess', le simulateur de vol 'F/A 18 Interceptor' et le shoot'em up 'Katakis'. De plus de nombreux logiciels permettent le dessin, la musique, la vidéo et la création de documents. Le nombre de magazines spécialisés Amiga augmente fortement, en France sortent AmigaNews et Commodore revue. L'année fiscale est bonne : hausse des revenus et du chiffre d'affaires, de plus Commodore éponge ses dettes et réalise même des investissements.

En ce début 1989, Commodore annonce avoir vendu 1 million d'Amiga. Mais attention, la part de marché de l'Amiga baisse, les compatibles PC et les mac (dans une moindre mesure) commencent à s'accaparer le marché de l'ordinateur individuel. Peu d'améliorations du matériel, du système et des modèles durant l'année. On note la puce 'Fat Agnus' capable de gérer 1 Mo de chip RAM en remplacement de la puce 'Agnus', la version 1.3.2 du système et l'Amiga 2500 en remplacement de l'Amiga 2000. A la fin de l'année, le prix de l'Amiga baisse pour doper les ventes (notamment en France, pays en retard par rapport à l'Allemagne et l'Angleterre). L'Angleterre, devient le premier marché mondial de l'Amiga. Beaucoup de jeux sortent et permettent de montrer la supériorité de l'Amiga sur les autres ordinateurs individuels, avec notamment 'Shadow Of The Beast', 'Battle Squadron', 'Xenon 2', 'R-Type', 'SilkWorm', 'Stunt Car', 'Populous et bien d'autres. Le très célèbre 'Deluxe Paint III' est lancé et apporte des fonctions d'animation. En cette fin d'année Commodore se place second constructeur après IBM, mais les machines sont toujours basées sur les capacités de l'Amiga 1000 de 1985. Commodore se doit de sortir de nouvelles machines.

En avril 1990, Commodore annonce au SICOB, l'Amiga 3000, ordinateur full 32 bits, avec un processeur Motorola 68030, la gestion du SCSI et un nouveau jeu de composants graphiques (ECS). L'Amiga 3000 est livré avec la version 2.0 du système, c'est une grande mise à jour avec un changement d'interface graphique et l'intégration de plusieurs bibliothèques permettant de fournir les services essentiels aux programmes, cet ordinateur est destiné aux professionnels et Commodore le présente comme station multimédia. Scala et LightWave 3D sortent cette année et permettent de montrer toute la puissance de l'Amiga 3000. A la fin de l'année Commodore annonce avoir vendu depuis le début 2 millions d'Amiga, majoritairement des Amiga 500 vieillissant, utilisés principalement comme console de jeux.

En 1991, Commodore lance le CDTV, la station multimédia pour les particuliers. C'est un échec. L'Amiga 500 Plus (Amiga 500+), est lancé en fin d'année, avec le système 2.04 et le jeu de de composants graphiques ECS, moins cher que l'Amiga 500, il conserve le processeur 68000 de son ainé. L'Amiga 3000T (tour) est présenté en octobre, pour répondre aux critiques sur l'Amiga 3000 avec son boîtier compact peu évolutif. Les consoles 16 bits (SuperNES et Mega Drive) deviennent de redoutables concurrents aux Amiga 500 dans le domaine ludique. Lemmings est le jeu de l'année. Deluxe Paint IV apporte la gestion du mode HAM, qui malheureusement est très consommateur en ressources, pour beaucoup cette version est décevante. La déferlante des PC est importante et Commodore commence à comprendre que la bataille contre les PC est perdue. L'Amiga 2000 est arrêté.

L'année 1992 commence avec la sortie de l'Amiga 600, ordinateur au format compact en remplacement de l'Amiga 500 et 500+. Commodore présente cette machine comme une 'console avec clavier' pour concurrencer Sega et Nintendo. Commodore, baissera rapidement le prix de cette machine de 30% pour favoriser les ventes. Comme l'Amiga 500+, elle comporte le système 2 (2.05) et le jeu de puces graphiques ECS. C'est le premier Amiga disposant d'un port PCMCIA et d'une interface IDE pour les disques durs. Mais malheureusement, cette machine chère quand on lui adjoint un disque dur est basée sur une technologie vieillissante avec le processeur 68000 de l'Amiga 500. Le 11 septembre, Commodore présente l'Amiga de troisième génération : l'Amiga 4000. Basé sur un processeur 68040 et disposant d'une carte-mère évolutive (4 ports Zorro III et 3 port ISA). Cette troisième génération introduit un nouveau jeu de composants graphiques : AGA (Advanced Graphics Architecture). Malgré de réels qualités, cette machine pèche par l'absence de SCSI, de DSP et la lenteur de l'affichage en 256 couleurs. L'Amiga 1200 arrive pour noël, c'est le modèle de la troisième génération pour les particuliers. Il est pourvu d'un processeur 68EC020. Comme l'Amiga 500/600, c'est un ordinateur dont le clavier est intégré au boîtier. C'est une machine intéressante pour son prix. Malheureusement, en raison d'un problème d'approvisionnement en circuits AGA (fabriqués par HP), les ventes sont faibles. Les Amiga 1200 et 4000 disposent de la version 3.0 du système. Les problèmes de compatibilité de la logithèque avec l'AGA sont importants. Les éditeurs sont obligés de mettre à jour leurs logiciels phares. Les PC avec les processeurs 386/486 et les écrans VGA/SVGA deviennent de redoutables concurrents dans les jeux ne nécessitant pas l'affichage de nombreux sprites. Les chiffres de Commodore ne sont pas bons en raison de la forte baisse de vente des PC Commodore et de l'arrêt du C64. Les ventes d'Amiga sont bonnes, 1 million sur l'année, 4 millions au total.

Commodore débute l'année 1993 en rectifiant les erreurs de lancement de l'Amiga 4000, à savoir le prix de l'ordinateur et la disponibilité d'une carte d'expansion apportant le SCSI-2. L'Amiga 3000 est arrêté en février. Au mois de juillet, Commodore présente à Londres, une console de jeux 32 bits équipée d'un lecteur de CD-ROM : la CD32. Elle est disponible à la vente au mois de septembre. Cette console dispose de capacités supérieures, mais malheureusement en raison d'un problème de brevet, il est interdit à Commodore de la mettre en vente aux Etats-Unis. En décembre apparait le premier navigateur Internet pour Amiga : AMosaic. Le nombre de jeux commercialisés est en baisse, on y retrouve les jeux de stratégie 'Dune 2' et 'The Setllers'. Malheureusement l'année est marquée par la débâcle financière de Commodore : perte de 357 millions $. La vente de CD32 en fin d'année est insuffisante (100.000 unités) pour redresser l'entreprise. Au total 800.000 Amiga seront vendus en 1993.

Au début 1994, la liquidation de Commodore (second fabricant mondial d'ordinateurs) est prononcée. Cette situation est due à la mauvaise gestion de la société, plutôt qu'en raison de mauvais produits. La version 3.1 du système sort mi-1994. Quelques mois après la liquidation de Commodore, le père de l'Amiga (Jay Miner) décède à l'hôpital de Mountain View. Aucun acquéreur sérieux ne se présente et l'Amiga perd peu à peu son avance sur le reste de l’industrie.

De nos jours

Après avoir visionné le reportage "Viva Amiga", j'ai décidé en 2018 de me relancer dans l'utilisation de cette superbe plateforme, au travers d'un émulateur (FS-UAE) sur Mac. Ne développant plus rien côté Mac, j'ai décidé en 2019 de re-développer l'éditeur de texte ASE que j'avais programmé en C entre 1989 et 1991, comme si j'étais encore en 1991 ! Ayant perdu les sources d'ASE, je suis juste reparti du gestionnaire de listes chainées écrit en 1992 et publié dans le "Petit Amiga Illustré". J'ai d'abord re-développé AView2019 la version 2019 de l'afficheur de texte, puis ASE2019. La version 1.0 a été finalisée en 2019, mais pas diffusé, car comportant trop de bogues, 13 versions (1.10 à 1.97) sont sorties entre 2020 et 2022.

ASE2019 est téléchargeable sur aminet

J'adore les sites Obligement, amiga-news.de et Amiga France et je participe dès que je le peux aux forums associés.

J'ai été interviewé sur Obligement et une version allemande est disponible sur amiga-news.de. J'échange régulièrement avec un des rédacteurs du site allemand amiga-news.de qui me partage les retours des utilisateurs du site sur ASE2019 et m'aide à en préparer la localisation allemande.

Préservation

Notre machine née en 1985 et dont le papa et la maison mère ont disparu en 1994, vit toujours grâce à la qualité du matériel et du logiciel produit à l'époque, ainsi que par le génie et l'abnégation de passionnés ayant décidés que l'Amiga devait survivre !

Vous trouverez sur la page 'Préservation' des ADF de disquettes Amiga, classés par ordre alphabétique. C'est ma modeste contribution.

Quelques références...

Nolan Bushnell

Larry Kaplan

Robert J. Mical

Jay Miner

Dave Needle

Motorola 68000

TOSEC